La forêt équatoriale d'Indonésie
Arecaceae
La famille des Arecaceae, ou famille des palmiers, est une des plus distinctes d'Indonésie. Son centre de distribution se situe autour de l'Indonésie et de la Malaisie. Elle comporte au moins 500 espèces réparties dans plus de 40 genres. Les genres les plus notoires présents en Indonésie sont Calamus, Daemonorops, Korthalsia, Licuala, Pinanga, Areca, Caryota, Oncosperma, Metroxylon, Nypa et Johannesteijsmannia.
Les Arecaceae, dans leur diversité, occupent une grande variété d'écosystèmes. Des espèces telles que Pigafetta elata, endémique de Sulawesi, et P. filaris, qui poussent à Sulawesi, dans les Moluques et la province de Papouasie, peuvent atteindre jusqu'à 50 mètres de haut et prendre place parmi la canopée. C'est aussi le cas des palmiers queue-de-poisson Caryota rumphiana et C. no, présentes notemment à Kalimantan, et d'Oncosperma tigillarium, propre aux régions côtières.
La famille regroupe également beaucoup de plantes grimpantes qui s'agrippent aux arbres grâce à leurs épines recourbées, leurs cirres (extrémités des feuilles en forme de fouet) ou leurs flagelles. Les plus longues de ces lianes-palmiers, comme Calamus manan ou C. rotang, peuvent atteindre plus de 100 mètres de long, ce qui leur permet de se positionner dans la canopée des forêts tropicales. La famille regroupe encore de nombreuses autres espèces grimpantes, parmi lesquelles Daemonorops draco, célèbre pour sa résine « sang de dragon », Korthalsia flagellaris et bien d'autres.
Toutes ces espèces de palmiers grimpants sont regroupées parmi les rotangs. Les rotangs comprennent des espèces de Calamus, Daemonorops, Korthalsia, Plectocomia et bien d'autres. Toutes ces espèces ne sont pas grimpantes, mais la plupart le sont. Les rotangs se distinguent par leurs tiges épineuses et leurs cannes flexibles. Même si de nombreuses espèces de rotangs sont parfaitement adaptées aux forêts de diptérocarpacées, un certain nombre d'espèces ont collonisé les forêts de collines des piémonts, entre 400 et 1000 mètres d'altitude.
D'autres espèces de palmiers occupent le sous-étage forestier, comme les genres Licuala, Arenga, Areca, Calamus, Pinanga, Korthalsia (connu pour ses gaines foliaires épineuses abritant souvent des fourmis), Daemonorops, qui peut former de petites colonies dans les trouées, et Salacca, qui produit les « fruits du serpent ».
La famille occupe même les mangroves avec le genre Nypa. Nypa fruticans est considéré comme une espèce de mangrove. Contrairement aux autres palmiers, il ne possède pas de tronc aérien : sa tige est un rhizome souterrain qui se ramifie dichotomiquement, avec des feuilles émergeant directement du sol. Plusieurs autres espèces sont associées à la lisière interne des mangroves, comme Oncosperma tigillarium et Licuala spinosa.
Les tiges des palmiers sont des caudex ; elles ne portent pas de branches. En fait, elles ne forment pas de bois et sont composées de faisceaux vasculaires intégrés dans un tissu fibreux. Les troncs sont lisses, cernés de cicatrices foliaires, couverts de fibres et armés d'épines.
Les racines sont adventives, fibreuses, et poussent continuellement depuis la base des tiges. En revanche, les palmiers de mangrove tels que Nypa fruticans possèdent des racines d'ancrage extensives qui leur permettent de résister aux marées.
Les feuilles des palmiers sont très facilement reconnaissables à leur disposition en couronne. Elles sont alternes, spiralées, attachées au sommet de la tige, et portent des nervures parallèles. La base forme souvent une gaine entourant la tige, ou un stipe chez certains genres comme Pinanga. Elles peuvent être pennées, comme chez Areca, Pinanga, Calamus, Oncosperma, palmées comme chez Licuala, ou bipennées comme chez Caryota, marque distinctive des palmiers queue-de-poisson. La texture des feuilles est souvent coriace et fibreuse ; de nombreuses espèces possèdent une surface cireuse qui réduit la perte en eau.
Les inflorescences peuvent se situer parmi les feuilles, sous les feuilles, et parfois sur le tronc. Elles sont généralement entourées d'une ou plusieurs grandes bractées (spathes) et contiennent de plusieurs centaines à plusieurs milliers de fleurs.
Les fleurs sont petites, trimères et symétriquement radiales. L'arrangement typique se compose de 3 pétales, 3 sépales et 6 étamines. Le système reproductif varie beaucoup au sein de la famille : il peut être bisexué, monoïque comme chez le sagoutier et le cocotier, ou dioïque, avec des fleurs mâles et femelles séparées sur des individus différents, comme chez de nombreux rotangs.
Les fruits sont en général des drupes ou des baies ne contenant qu'une seule graine. Ces graines possèdent un endocarpe dur, riche en huile et en amidon, qui leur fournit l'énergie nécessaire à une croissance lente en habitat forestier.
Plusieurs espèces de palmiers grimpants sont appréciées pour la fabrication de mobilier, grâce à leurs cannes souples. Les espèces les plus utilisées sont Calamus manan, C. speciosus, C. caesius, C. javanicus et C. orbiculatus. Ces espèces sont généralement récoltées dans les forêts de Sumatra, Kalimantan, Sulawesi et de Papouasie. Les cannes sont transformées en tiges entières pour les structures, en lanières fendues pour le tressage des assises et des dossiers, et en cannes écorcées pour les ouvrages artisanaux. La diversité des espèces de Calamus en Indonésie fait de ce pays la plus grande source de rotin sur le marché mondial.
Les Arecaceae offrent de nombreuses ressources alimentaires. Par exemple, le sucre de palme est tiré de Arenga pinnata. Pratiquement toutes les parties de cet arbre peuvent être utilisées, mais c'est de la sève qu'est extrait le sucre aren. Les populations locales en tirent aussi de l'alcool et du vinaigre. Ses fibres noires servent pour les toitures, le cordage et la fabrication de balais. Les feuilles servent à emballer la nourriture, et les racines et autres parties entrent dans la préparation de médecines traditionnelles.
La noix de coco de Cocos nucifera est probablement le palmier le plus important économiquement. Sa noix offre un lait riche en minéraux et en matières grasses, et une pulpe qui peut se consommer crue ou séchée, dans la préparation de sauces ou de desserts. Les feuilles et même le tronc sont aussi utilisés comme matériaux de construction.
Salacca zalacca est un palmier protégé par de longues épines, que l'on trouve encore à l'état sauvage sur l'île de Java. Il donne le fruit du serpent, au goût plus ou moins acidulé, ainsi nommé à cause de l'apparence écailleuse de son péricarpe. Ce palmier est aujourd'hui abondamment cultivé sur les îles de Java et de Bali.
Le lontar, ou Borassus flabellifer, est un autre palmier producteur de sucre devenu essentiel à la production locale. Il domine dans les régions sèches de l'est indonésien. Son fruit donne une graine gélatineuse qui peut être consommée en salade de fruits, dans des desserts, ou transformée en sucre.
Le palmier sagoutier, ou Metroxylon sagu, possède une grande quantité d'amidon dans son tronc. Il s'agit d'une stratégie adaptative qui permet à la plante de survivre aux épisodes d'inondation dans les régions marécageuses. Des millions de personnes dans l'est indonésien dépendent de ce produit comme aliment de base. La récolte se fait juste avant ou au tout début de la floraison ; le palmier a entre 15 et 25 ans lorsqu'il est abattu. La moelle tendre et riche en amidon, située à l'intérieur du tronc, est extraite, broyée et lavée afin de séparer l'amidon des fibres. L'amidon est ensuite séché en une fine poudre ou transformé en perles (perles de sagou) et utilisé pour fabriquer de la farine, des nouilles ou des gâteaux traditionnels. D'autres espèces, telles que Metroxylon rumphii ou M. salomonense, peuvent aussi servir à la production de sagou.
La noix d'arec du palmier Areca catechu est associée à des usages récréatifs et médicinaux. Elle est consommée avec des feuilles de bétel ou des inflorescences, selon les régions, et cette mixture procure un effet stimulant. Mais, au-delà de cette consommation récréative, la noix d'arec est aussi utilisée pour ses propriétés anthelminthiques, contre les vers intestinaux. Dans certaines régions, l'écorce ou les feuilles servent contre les fièvres ou comme diurétique.