La forêt équatoriale d'Indonésie
Vitaceae
Les Vitaceae en Indonésie diffèrent beaucoup des vignes du continent européen. Elles peuvent prendre l’apparence de gigantesques lianes au tronc ligneux voir à des arbustes ressemblant vaguement aux fougères et comptent parmi les systèmes reproductifs les plus particuliers du règne végétal.
La plupart sont des plantes grimpantes au système racinaire bien implanté dans le sol de la forêt équatoriale. Elles prennent appuis sur des arbres géants passant d’une espèce à l’autre afin d’atteindre la canopée. La signature évolutive des Vitaceae se présente sous la forme de ses vrilles. Cette structure allongée en filament s’enroule autour de tout ce qui se trouve sur le passage de sa croissance. Certaines de ces vrilles paraissent “ressentir” leur environnement. Elles peuvent se recourber seulement quelques secondes après avoir été touchées. Une autre caractéristique qui permet d'identifier cette famille est la structure opposées des feuilles.
Les Vitaceae occupent un rôle important dans la forêt tropicale. Ce réseau de lianes qui passent d’arbres en arbres, agit comme un filet capable d’absorber les choque produits lors des tempêtes. Aussi, leur vaste réseau permet aux écureuils, à l’ourse soleil, aux civets, et aux réptiles de s’aventurer horizontalement dans la forêt sans avoir besoin de toucher le sol rendu dangereux par la présence de prédateur.
Les Vitaceae qui poussent en Indonésie sont représentés par plusieurs genres particulièrement bien adaptés au climat tels que Ampelocissus, Cayratia, Cissus, Leea, Pterisanthes et Tetrastigma.
Le genre Ampelocissus se trouve répandu entre l’Afrique tropicale, l’Asie du Sud-est et l’Océanie. En Indonésie, on rencontre ses espèces dans les basses plaine de Kalimantan, Sumatra, Java et d'autres îles. Certaines produisent des lianes énormes au tronc ligneux. Leur imposant feuillage forme une couverture au dessus de la canopée capable d'étouffer ses hôtes de lumière. Mais toutes les Ampelocissus ne sont pas des lianes qui dominent la forêt. Certaines ressemblent plutôt à de modestes plantes grimpantes et d’autres à des broussailles du sous-étage forestier. Aussi, certaines espèces possèdent une base en forme de bouteille appelée pachycaul qui permet de stocker des réserves d’eau durant les pluies.
Les tiges des jeunes pousses sont souvent poilues. Leurs vrilles poussent à l’opposé des feuilles. Elles peuvent être simples ou bifides. Les feuilles sont alternes, simples ou palmées lobées. Elles sont parfois composées avec 3 à 5 folioles.
Les inflorescences poussent à l’opposé des feuilles. Elles sont arrangées en de larges cymes qui prennent la forme de panicules avec de petites fleurs verdâtres ou rouges. Elles sont en général tétra ou pentamères et possèdent un disque nectarifère épais arrangé à la base de l’ovaire. Celui-là est biloculaire contenant un ovule par loge. Ces fleurs sont bisexuelles contrairement à de nombreuses autres Vitaceae.
Les fruits forment des grappes rouges, pourpres ou noires contenant 2 à quatre graines plates ou en forme de coquille de bateau. Leur éclat vif attire des oiseaux, des petits mammifères ou des primates qui dispersent les graines après avoir consommé le fruit. Celles-ci peuvent aussi flotter le long des cours d’eau.
Ampelocissus gracilis est utilisé dans le nord de Sumatra pour ses propriétés antioxydantes et contre les inflamations. Certaines plantes entrent dans la préparation de jamu. Les fruits sont en général comestibles et les feuilles peuvent être cuites en légume.
Ces espèces sont largement répandues en Asie de Sud-est. On peut les rencontrer dans les forêts tropicales primaires, les forêts de mousson et dans les zones humides des plaines et des piedmonts.
Elles sont surtout fameuses pour être les seules hôtes des Rafflesias. Ces plantes parasites possèdent les plus grandes fleurs au monde. Elles ne sont connectées à aucune tige, aucune feuille et aucune racine. Elles vivent entièrement à l’intérieur du système vasculaire des Tetrastigma s’emparant de ses nutriments.
Les feuilles de Tetrastigma sont en général alternes, composées palmées avec 3 à 5 follioles. Les vrilles sont placées à l’opposé des feuilles. Elles sont plus robustes que celles des autres Vitacea. Les tiges sont souvent angulaires à proximité des noeuds.
Les inflorescences forment des cymes compactes en panicules qui poussent à l’opposé des feuilles. Les fleurs sont arrangées en structure tétramère. Elles sont petites, blanches ou verdâtres. Contrairement à beaucoup de Vitacea, elles sont dioïques avec les fleurs mâles et femelles présentent sur différents pieds. Les fleurs femelles possèdent un stigma à quatre lobes qui ont donné le nom de Tetrastigma au genre. Un disque floral nectarifère à quatre lobes se situe à la base des ovaires. Les ovaires sont biloculaires avec 2 ovules par loge. Les fruits sont des baies de couleurs blanches, rouges, pourpres ou noires qui contiennent 1 à 4 graines, nombre qui correspond au quatre lobes de l’ovaire. Les Tetrastigma sont pollinisées par des insectes et leurs fruits sont dispersés par des animaux.
Ces espèces se distinguent des autres Vitaces notamment par leur stigma a quatre lobes. Les feuilles palmées et les vrilles opposées aux feuilles qui se divisent en fourche peuvent aussi permetre de les identifier.
Les fruits de T. Lanceolarium peuvent être consommés crus ou cuits et les feuilles comme légume. Ces plantes peuvent servir à des traitements anti-inflammatoires, contre les rhumatismes, les troubles digestifs ou des désordres des cycles menstruels. Ces plantes sont riches en flavonoïdes, polyphénols et phytostérols qui pourraient expliquer ces usages.
L’évolution a pris un virage étonnant avec les espèces de ce genre. Au lieu de produire des grappes de fleurs, les vrilles se sont transformés en une structure plate, comme des feuilles, appelée phyllodes. Les fleurs éclosent directement sur ces disques plats.
Les Pterisanthes sont des lianes originaires d’Asie du Sud-est. On les retrouve dans les forêts tropicales primaires de plaine et de piédmont. Ce sont des plantes grimpantes relativement souples comparées à Tetrastigma qui occupent les clairières et les bordures de forêt.
Les tiges sont cylindriques. Contrairement à Tetrastigma, elles ne portent pas de côté angulaires proche des noeuds. Les feuilles sont en général alternes et parfois simples mais généralement composées souvent avec trois à cinq follioles. Les vrilles sont associées aux inflorescences. Elles sont en général attachées à la base du pédoncule des inflorescences.
Les inflorescences sont des panicules simples ou légèrement divisées qui poussent à l’opposé des feuilles. Elles sont plates, ailées, et ressemblent à des feuilles sur lesquelles sont attachés de petites fleurs blanches ou verdâtres. Cette particularité permet de les distinguer des autres Vitaceae qui possèdent des inflorescences sur 3 dimensions supportant des fleurs exposées sur pédicelles. Elles portent des fleurs bisexuelles souvent sessiles n’atteignant guère plus d’une envergure d’un millimètre. Elles se présentent selon une structure tétramère et possèdent un disque nectarifère légèrement lobé à la base de l’ovaire. L’ovaire est biloculaire contenant deux ovules par loge. Les fruits sont des baies pourpres voir noires à maturité et possédant 1 à 4 graines.
Les racines et les tiges de Pterisanthes cissioides (“akar gamat”) est utilisée par les Dayak de Kalimantan contre les inflammations et les enflures.
Genre de plantes grimpantes largement présent dans les forêts tropicales de Sumatra et Kalimantan et dans les forts humides de Java et Nusa Tenggara.
Les tiges de Cissus sont ligneuses et succulentes. Certaines possèdent une forme quadrangulaire distinctive. Les feuilles sont arrangées de manières alternes. Elles peuvent être simples, lobées ou palmées et composée de trois à cinq folioles. Les vrilles, souvent bifides, poussent à l’opposé des feuilles. Certaines espèces ont développé des ventouses adhésives sous leurs vrilles.
Les inflorescences forment des cymes, souvent dichasiales, opposées aux feuilles ou terminales. Les fleurs de Cissus sont exclusivement tétramères et portent 4 sépales, 4 pétales et 4 étamines.En revenche, chez Vitis et Ampelocissus, au contraire, ont des fleurs pentamères. Elles possèdent aussi un disque nectarifère à quatre lobes entoure les ovaires. Ceux de Cayratia sont plutôt en forme de coupe avec un attachement différent.Elles sont petites de couleur verdâtre ou jaunâtre. Elles sont le plus souvent bisexuelles. Le disque floral est large, plat et parfois porte 4 lobes. Cette caractéristique permet de les identifier parmi les autres Vitaceae. Les ovaires sont biloculaires avec deux ovules par loge. Les fruits sont des baies juteuses, globuleuses ou ovoïdes de couleur verte, pourpre ou rouge. Ils offrent une source de nourriture importante pour les oiseaux et les civets.
La plupart des espèces de Cissus en Indonésie dépendent des insectes pour la pollination. Les pétales blancs ou verdâtre attirent les insectes nocturnes et le disque floral offre une abondance de nectar en retour. Les baies rouges, pourpres ou noires attirent oiseaux, civettes ou primates pour la dispersion des graines. Le fait que ces espèces ne possèdent qu’une graine lui permet d’être protégée par un large menteau. Ainsi ces graines peuvent passer sans dommage à travers le tube digestif de l’animal pour être déposé loin de la plante mère. La matière fécale sert d’engrais lors utile pour la croissance de la plantule après la germination des graines.
Les espèces du genre Cissus sont prisés en médecine traditionnelle (jamu) ou localement pour diverses application. Cissus quadrangularis est utilisé pour accélérer la soudure des fractures osseuses. Le sap des tiges coupées est utilisé pour traiter les irritations cutanées. Une décoction de feuilles est employée contre les rhumatisme et problèmes de jointure.
Aussi, en situation de survie dans la forêt tropicale, la sève des tiges coupée offre une source d’eau claire et comestible.
Le genre Cayratia est réparti en Afrique tropicale, Asie du Sud-est et en Océanie. On rencontre ces espèces en bordure de forêt, dans les clairières et le long des cours d’eau. Ils peuvent se dresser en de denses rideaux ou s’étaler en d’épais tapis. Ce sont des lianes ou plantes grimpantes ligneuses ou semi-ligneuses qui se hissent sur leurs hôtes à l’aide de vrilles. Ces vrilles bifides et parfois trifides sont situées à l’opposé des feuilles. Les feuilles sont généralement palmées composées à 3 à 5 folioles.
Les tiges sont plus délicates, moins robustes que Tetrastigma et Ampelocissus. Les feuilles généralement palmées composées et les inflorescences sont des cymes dichasiales formant des panicules en grappe. Les fleurs sont en général de composition pentamère avec 5 pétales, 5 pétales et 5 étamines. Elles sont petites, verdâtres ou blanches. Ce sont des fleurs bisexuées qui possèdent un disque nectarifère à la base des ovaires. Les ovaires possèdent deux carpelles contenant deux ovules par loges. Les fruits sont des baies globuleuses contenant 2 à 4 graines par loges contrairement au genre Cissus qui n’en contient qu’une. Elles sont dispersées par les oiseaux, petits mammifères et primates attirés par leurs couleurs pourpre.
En Indonésie, les feuilles et les tiges peuvent être employées pour traiter des fièvres, des blessures et des inflamation. La présence de flavonoïdes supporte cet usage. Certaines espèces telles que Cayratia trifolia portent des fruits comestibles encore que contenant de l’oxalate.
Les fibres peuvent être utilisées comme cordages pour ficeler des objets ou comme matériel temporaire de construction.
Ce genre de Vitaceae est répandu du nord et de l’est de l’Australie, en Papouasie, en Asie du Sud-est et en Afrique tropicale. En Indonésie, elles se rencontrent généralement en bordure des forêts secondaires, sur les terrains perturbés, sur les berges des rivières, dans les vallées humides, dans les forêts de piémont (jusqu’à environ 1200 m d’altitude) et dans les forêts de tourbe (notamment à Kalimantan et à Sumatra). En fait, ce sont des plantes du sous-étage forestier qui peuvent égallement se développer en plein soleil. Elles ont une préférence pour les sols humides, fertiles et bien drainés.
Leur architecture s’éloigne tout à fait des autres Vitaceae, car ce ne sont pas des plantes grimpantes. Elles ressemblent plutôt à des arbres, des arbustes et voir même des plantes rampantes. Leurs feuilles sont alternes, simples, ou composées de folioles simples, ou pennées. La base des pétioles s’élargissent, formant des stipules de part et d’autre de l’apex. Ces espèces sont dépourvues de vrilles.
L’inflorescence forme généralement une grappe terminale pédonculée et opposée aux feuilles. Les fleurs sont bisexuées et posées sur un pédoncule. La structure florale est souvent pentamère parfois tetramère. Elle se compose d’une corolle avec 4 à 5 lobes soudés à la base qui donnent une forme campanulée aux pétales. Chaque fleur possède 4 à 5 étamines filamenteuses et soudées, insérées sur le disque basal. Ce disque nectarifère est très développé format un tube staminal. L’ovaire possède 3 carpelles (tandis que les autres Vitaceae en possèdent généralement 2) avec 3 à 6 lobes et 1 à 2 ovules par loge. Les fruits sont des baies de couleur verdâtre ou blanche, rouge ou pourpre, contenant plusieurs graines.
Les racines et les fruits de Leea indica peuvent être utilisées par les Besemah de Sumatra pour lutter contre les maladies infectieuses aux symptomes ressemblant à ceux de l’hépatite et les verrues. Cet usage s’explique par la présence d’alcaloïdes, de flavonoïdes et de terpenoides. D’ans d’autres région, L. indica est utilisé pour soigner les dysenteries, le diabète ou des fractures. Aussi, les feuilles de L. aequata servent comme antitétanique et pour la cicatrisation des plaies. Les tiges et les racines sont utilisées comme astringent, vermifuge, contre la dyspepsie, la jaunisse, la fièvre chronique et le paludisme.
Le genre Vitis est originaire des régions tempérées d’Asie et d’Europe. Ces espèces sont adaptées à des climats saisonniés et des températures plus basses qu’en Asie tropicale. Toutefois certaines espèces telles que V. flexuosa et V. heyneana penvent pousser en marge de leur zone d’expension. Elles ont été recensées en Malaisie et pourraient être présentes à Sumatra et à Kalimantan. En revanche, les vignes de V. vinifera ont largement été cultivées dans les régions sèches d’Indonésie telles qu’à Bali où elles produisent un vin apprécié des locaux et des touristes.