La forêt équatoriale d'Indonésie
Lamiaceae
Les Lamiaceae comptent plus de 7000 espèces réparties sur les 6 continents avec la Méditerranée et l’Asie centrale comme centre de diversité. En Indonésie, l'espèce est représentée par une cinquantaine de genres et plus de 300 espèces indigènes ou naturalisés, allant d’herbes annuelles a des arbustes forestiers. sa diversité est particulièrement élevée dans les forêts tropicales humides de Sumatra, Kalimantan, Sulawesi, Java, les Moluques et la Nouvelle-Guinée occidentale.
Les Lamiaceae sont reconnaissables à plusieurs caractéristiques morphologiques. Tout d’abord, la tige des herbacées sont en général quadrangulaires. Les feuilles sont opposées et décussées (face-à-face à angle droit d’un nœud à l’autre). Elles contiennent souvent des glandes productrices d’huile essentielle. Les inflorescences se présentent en verticilles (fleurs disposées toutes au même niveaux sur plusieurs cercles autour de la tige) ou pseudo-verticilles. Les fleurs sont zygomorphes, à symétrie bilatérale, bilabiées comportant 4 étamines. Toutefois, en Indonésie, elles peuvent différer quelques peu des herbacées que l’on rencontre dans son centre de dispersion en prenant des structures arbustives.
Une des caractéristiques remarquables des Lamiaceae indonésiennes est leur richesse en monoterpènes, sesquiterpènes, phénols et flavonoïdes. Ces composés chimiques assurent une défense contre les insectes herbivores, les pathogènes fongiques et les bactéries. Dans certain cas, ils peuvent aussi agir sur des plantes voisines en limitant leur croissance (action allélopathique) et s’assurant ainsi une meilleure compétitivité pour l’accès aux ressources et à la lumière. Sous le climat tropical humide d’Indonésie, où la pression des herbivores et des microorganismes est particulièrement forte, ces défenses chimiques constituent un avantage écologique certain.
La plupart des Lamiaceae en Indonésie sont perennial et peuvent survire plusieurs années et produire plusieurs cycles de graines. Toutefois la famille comporte aussi quelques plantes annuelles adaptées aux régions perturbées, aux rizières et aux prairies.
Parmi les plantes annuelles on compte le fameux Platostoma palustre (ou Mesona palustris) connu localement sous le com de cincau. Elle est le principal ingrédient d’une gelée noire qui entre dans la composition de desserts locaux. Il y a aussi Leucas zeylanica qui pousse au bord des chemins et des rizières, Ocimum basilicum qui est consommée fraîche pour accompagner les plats. Ces plantes annuelles complètent leur cycle de vie durant la saison des pluies ou sont cultivées.
Les Lamiaceae n’atteignent en général pas la canopée. Elles occupent d’autres niches écologiques bien spécifiques du sous-bois forestier, proches des mangroves, dans les endroits perturbés et dans les forêts montagnardes.
Dans le sous-bois forestier, on retrouve des espèces de Clerodendron, Gomphostemma et certaines Premna. Elles occupent particulièrement les forêts sempervirentes humides, les lisières et les trouées crée par des chutes d’arbre. Elles peuvent survivre dans des endroits faiblement éclairés grâce à de larges et minces feuilles, une forte capacité photosynthétique et une croissance rapide.
Plusieurs espèces pionnières dont des Leucas, Ocium, et Coleus colonisent les lieux perturbés au bord des chemins, les zones défrichées et les cultures abandonnées. Elles colonisent ces terrains qui demande une grande compétitivité en produisant de nombreuses graines, par une croissance rapide et en supportant des températures élevées et un for rayonnement solaire.
Dans les zones situées derrières mangroves et dans les forêts côtières peuvent apparaître des Premna et des Vitex. Les Premna peuvent tolérer une certaine concentration en sel et leur épais feuillage cireux permet de réduire les pertes en eau par le soleil, la chaleur et la brise côtière. Elles possèdent aussi de longues racines pour ancrer la plante dans des régions sablonneuses. Les feuilles grises vertes et couvertes de poils des Vitex protège de la lumière directe, diminue la température des feuilles, réduit la transpiration et protège la plante contre les vents chargés de sable et d’aérosols.
Plusieures espèces de Clerodendrum, Scutellaria et Pogostemon poussent dans les forêts de nuage des régions montagnardes au-dessus de 1000 mètres d’altitude. Elles sont adaptées à des températures plus fraîches, une humidité élevée et des sols pauvres. Dans ces régions, les Clerodendrum possèdent de larges feuilles pour maximiser la photosynthèse en sous-bois et sous couvert nuageux. Les Scutellaria peuvent s’étendre dans les lisières des forêts et les prairies d’altitude. Leur architecture est compacte avec de petites tiges ce qui réduit l’exposition au froid. Elles possèdent aussi des rhizomes qui permettent de survivre à des conditions défavorables et stocker des réserves d’hydrocarbure. Les Pogostemon peuvent pousser en marge des cours d’eau et sur des terrains temporairement inondés. Leur système racinaire peut tolérer des sols chargés d’eau et faible en oxygène. Leurs huiles essentielles empêchent les pathogènes fongiques d’attaquer la plante.
Les Lamiaceae remplissent plusieurs fonctions écologiques importantes. Elles sont une importante source de nectar et de pollen pour les pollinisateurs. Leurs fleurs bilabiées sont parfaitement adaptées aux abeilles, papillons, sphinx et parfois mêmes aux petits oiseaux. Elles sont aussi une source de fruits pour la faune. Les genres Callicarpa, Clerodendrum et Vitex produisent des fruits charnus apprécié des oiseaux. Leurs graines sont ensuite dispersées sur de longues distances participant à l’expansion géographique de ces espèces et la régénération des forêts. Ses espèces pionnières participent aussi à la restauration de régions perturbées.
Les principaux genres que l’on rencontre en Indonésie sont Clerodendrum, Premna, Vitex, Callicarpa, Pogostemon, Ocimum, Coleus, Leucas, Gomphostemma et Scutellaria.
Ces espèces possèdent une forte densité de glandes sécrétrices qui produisent une quantité élevée de terpènes. Ces défenses chimiques protègent la plante contre les herbivores, les pathogènes fongiques et les bactéries.
Ces espèces connaissent un cycle de vie relativement court, une croissance rapide et une grande production de graines. Elles sont aussi capables de photosynthèse en plein soleil. Elles sont ainsi bien adaptées pour coloniser les lieux dégagés suite à la chute d’un arbre, en lisière de forêt ou dans des endroits perturbés.
Les espèces de Clerodendrum portent de larges feuilles qui leur permet de tolérer la faible luminosité des sous-bois.
Ces espèces possèdent un système racinaire robuste, une tolérance à la sécheresse saisonnière et des feuilles souvent épaisses. Elles sont davantage adaptées aux habitats côtiers et aux forêts semi-décidues.
Les Vitex se composent d’arbustes et d’arbres forestiers au bois relativement dense. Bien que ne faisant que rarement partie de la canopée, elles participent à la structure des forêts.
Les espèces de Callicarpas produisent des fruits charnus permettant une dispersion des graines par les oiseaux (dispersion ornitochore). Elles sont adaptées à une croissance rapide dans les trouées forestières.